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vendredi 30 décembre 2016

Un soir de décembre

Auteure : Delphine de Vigan
Edition : Points 
Parution originale : 2006
Genre : Contemporain
   Résumé : Quarante-cinq ans, une femme, deux enfants, une vie confortable, et soudain l’envie d’écrire, le premier roman, le succès, les lettres d’admirateurs… Parmi ces lettres, celles de Sara, empreintes d’une passion ancienne qu’il croyait avoir oubliée. Et qui va tout bouleverser. Au creux du désir, l’écriture suit la trajectoire de la mémoire, violente, instinctive et trompeuse.


   Ayant lu No et moi et Les Heures souterraines il y a quelques mois, et adoré mes deux lectures, je me suis réservée Un soir de décembre pour... décembre, justement. Oui, je suis parfaitement originale, je sais.
   Un soir de décembre raconte l'histoire de Matthieu Brin, un quarantenaire, papa de deux enfants et marié à Elise, qu'il a rencontré à l'université. Il est écrivain, et son premier roman ayant rencontré un immense succès, cela l'encourage à commencer son deuxième roman. Seulement, comme beaucoup d'écrivains avant lui, la question à se poser, c'est : qu'écrire à présent ? Alors que Matthieu sombre peu à peu dans les plis et replis de son esprit, abandonnant de plus en plus sa famille, les lettres d'admirateurs s'amassent, et parmi elles se trouvent celles de Sara, une jeune femme que Matthieu connaît et qui va se dévoiler peu à peu au fur et à mesure de l'épistolaire.
 
   Je suis assez mitigée à propos de ce roman. La plume acérée et efficace de l'auteure me plaît toujours beaucoup. Delphine de Vigan a le don de révéler et cristalliser toutes les souffrances et tous les désirs de ses personnages d'un coup de plume bien taillée. L'analyse de ses personnages est très bien amenée et les passions humaines retranscrites avec finesse.
   En revanche, j'ai trouvé l'histoire extrêmement banale et plate. Malgré son statut d'écrivain, et cette histoire que Matthieu a avec Sara, le personnage principal a une vie très planplan et même carrément ennuyeuse. Seules les lettres de Sara qui ponctuent l’œuvre viennent relever le tout, et je pense que c'est dans l'écriture de ces lettres que Delphine de Vigan s'est le plus amusée car son style y explose. Sans ces lettres et cette envie de connaître le dénouement, j'aurais peut-être arrêté ma lecture au milieu du roman.
   De plus, le roman intègre des sujets auxquels je suis très sensible et il faut être prudent pour en parler avec moi, et notamment la question de l'adultère. Delphine de Vigan l'aborde du point de vue des deux personnages qui l'ont commise, ce qui est assez singulier.

   C'est finalement un livre dont je n'ai pas forcément apprécié l'intrigue, j'ai d'ailleurs été bien contente de le terminer et je ne le relirai pas. Cependant la plume de Delphine de Vigan est toujours un petit bijou, et rien que pour cela ça valait le coup de le lire.

vendredi 29 juillet 2016

Jours sans faim

Auteur : Delphine de Vigan
Edition : J'ai lu
Parution : 7 janvier 2009
Genre : Contemporain

Résumé : Laure a 19 ans, elle est anorexique... Jours après jours, elle raconte, analyse, décrit... Trois mois d'examen de soi, d'une vie comme dans un aquarium, un livre sincère, sans rancune, sans apitoiement, juste la précision des mots et la vivacité de l'analyse.

"Faut bien du courage pour arrêter de manger, dit un soir une dame en robe de chambre matelassée.
Laure ne tente pas d'expliquer. Elle dit non madame, ça n'a rien à voir."

   Il y a tellement de choses à dire sur ce petit roman. 125 pages, c'est tout petit, mais c'est suffisant pour remettre en question tout notre petit monde.
   Car oui, je l'avoue, comme beaucoup de monde avant moi, j'ai regardé des documentaires morbides sur les jeunes filles qui ont des problèmes de poids, que ce soit d'anorexie ou d'autres choses d'ailleurs, des documentaires qui souvent blâmaient ces malades parce que, quand même "il faudrait arrêter ces enfantillages et la crise d'adolescence, et ça suffit ces bêtises". Bien sûr, en grandissant on mûrit, et je commence à m'intéresser à ce sujet. Quand j'ai vu que Jours sans faim avait été écrit par Delphine de Vigan, une auteure que j'adore, je me suis jetée dessus.

   Dans ce roman, on suit Laure, une jeune fille de 19 ans et anorexique. Au début de ce roman, elle se fait interner dans un hôpital car son état est bien trop critique pour la laisser continuer à se faire du mal. Nous la suivons alors partout : quand elle mange, se fait soigner, échange avec les patients, on la voit s'inquiéter de plus en plus de voir son corps se regonfler, reprendre des formes peu à peu. 
   Il y a un paradoxe qui se dégage de ce roman : le lecteur, ainsi que le personnage, ont un sentiment à la fois de vide et de remplissage : tout au long du roman les notions de nourriture, kilos, calories, gras, graisse, etc, sont omniprésentes, c'est quelque chose qui obsède le personnage de Laure : elle est terrifiée de voir son corps reprendre du gras, le centre hospitalier dans lequel Laure est internée est spécialisé dans les maladies liées au poids, comme l'obésité morbide ou l'anorexie. Elle est notamment fascinée par un monsieur obèse et une dame qui a pris beaucoup de poids car elle boit beaucoup trop d'eau (12 litres par jour).
  On ressent un sentiment de vide également car Laure se sent très seule dans sa maladie : incomprise par les autres, certains ne voient là qu'une façon de plus qu'on trouvé les ados pour qu'on porte leur attention sur eux au lieu de l'accorder aux "honnêtes gens", où alors ne considèrent pas l'anorexie comme une maladie. Le personnage de "la bleue", c'est une vieille dame en robe de chambre bleue, incarne bien le genre des personnes qui blâment ces malades d'anorexie ou d'obésité, qui n'ont pas d'empathie à leur égard : "Combien ? Vous les mangez tous ? Ah, ça, on ne dirait pas. Ça coûte très cher, aux hôpitaux, les gens comme vous.". Je ne cite jamais les livres que je chronique, mais exceptionnellement, je le fais ici. Pourquoi ? Parce que, à chaque fois que La Bleue se manifeste, c'est pour tenir des propos insultant envers les "gens comme Laure". Ce sont des propos que, j'en suis, sûre, chaque anorexique, et je pousserais peut-être jusqu'à dire "chaque adolescente", a entendu au moins une fois dans sa vie. Elle subit ce que l'on appelle du body shaming, c'est-à-dire quand des personnes viennent te faire remarquer que "tu devrais avoir honte parce que ton corps n'est pas normal", ici "Parce que tu refuses d'être normale, hein, par ta faute, tu coûtes cher aux hôpitaux pour qu'ils puissent soigner les fruits de ton inconscience" ou quelque chose dans ce goût-là . Et j'ai été touchée par les propos de La Bleue même si je ne suis pas anorexique, parce que je suis touchée par ce body shaming très souvent. Toi aussi, j'en suis sûre, toi qui me lit, et certainement d'autres personnes autour de nous. La Bleue est là pour dénoncer ce genre de personnes, et pour dire que "et si on arrêtait de se faire du mal les uns aux autres et qu'à la place, on s'entraidait, et on s'encourageait ?" Vous ne trouvez pas que le monde serait mieux ainsi ? 
   
   Jours sans faim est un roman plein d'espoir, mais aussi d'incertitudes. En effet, tout au long du roman, Laure ne cesse de progresser, elle mange tout ce que lui donne les médecins, joue le jeu de la pompe qu'on lui met dans le corps pour faire passer plus de nutriments en elle, elle ne triche jamais, bien que cela la terrifie de voir son corps redevenir viable, de reprendre des couleurs, de sentir son corps revenir à la vie. On comprends au fur et à mesure que l'on avance pourquoi Laure est aussi terrifiée, quelles sont ses motivations à se raccrocher à sa maladie par moment. Mais on ressent des incertitudes, des fêlures chez elles, le lecteur se demande si elle va craquer, quand, comment. Jusqu'à la dernière page, on se demande si Laure peut tenir le coup dans le monde extérieur, après trois mois d'internement et de surveillance d'elle-même, tellement sa situation ne tient qu'à un fil, tellement elle-même pourrait se briser de nouveau.

   Je m'arrête ici pour ne pas vous gâcher le plaisir de lire ce roman, mais si vous êtes intéressés par ce genre de sujet, mais sans vraiment se prendre la tête pour commencer, je vous conseille de lire Jours sans faim : d'abord, pour la taille du roman, il est véritablement minuscule, ensuite, parce que c'est Delphine de Vigan et que sa plume est divine. Et enfin, parce que le sujet est dur, mais est abordé ici avec une certaine douceur, qui peut aider ceux qui ne sont pas intéressés de base à ce sujet là, à entrer dedans. C'est le sujet de l'anorexie, mais vu sous le jour de la guérison, de l'espoir.

mercredi 6 juillet 2016

Les Heures souterraines

Auteur : Delphine de Vigan
Edition : Le Livre de Poche
Parution : 2009
Genre : Contemporain

Résumé : Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au cœur d'une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Les Heures souterraines qui fut finaliste pour le prix Goncourt, est un roman vibrant sur les violences invisibles d'un monde privé de douceur, où l'on risque de se perdre, ans un bruit.

    Les Heures souterraines est un roman qui semble être dans la même lignée que No et moi, dans la mesure où il traite des ombres de ce monde, ceux qui voudraient aimer mais ne savent comment faire, ni ne trouvent personne à aimer. Elles capitulent, se cognent aux obstacles, mais toujours se relèvent et continuent à avancer.
   C'est l'histoire d'un jour dans la vie de Mathilde et Thibault. Ils ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrés, et pourtant ils ont un point commun : ce sont deux personnes désespérées qui errent entre les murs de Paris.
   Mathilde, pour avoir osé contrer l'avis de son patron, se retrouve oppressée par son pouvoir, qu'il use sans scrupules, sans aucune chance de s'en sortir. Rendue psychologiquement fragile et physiquement fatiguée, elle n'en peut plus, ne sait même plus comment ni pourquoi elle tient debout, pourquoi elle se bat encore.
   Thibault, dont les rêves de devenir chirurgien ont été réduits à néant par un camarade un soir de biture, est un médecin de ville qui ne connaît que 80% de gastros et 20% de rhumes à soigner. Il est désespéré de ne jamais trouver personne à aimer qui puisse l'aimer en retour. Il vient de quitter sa dernière copine qui ne lui montrait aucune marque d'affection en dehors d'un lit, qu'il n'arrivait pas à cerner.

   J'ai été plus affectée par l'histoire de Mathilde que par celle de Thibault. Celle de ce dernier me semblait moins grave et moins injuste que celle de Mathilde, j'arrivais beaucoup plus à me mettre à la place de celle-ci. Peut-être est-ce parce que je suis une femme moi-même, je n'en sais rien.
   J'ai attendu, attendu, le moment où les personnages se rencontrent, qu'ils interviennent chacun dans la vie de l'autre pour que tout s'arrange, jusqu'à la fin, dont je ne dirais rien, évidemment, pour ne pas gâcher votre lecture.
   Les Heures souterraines, c'est l'histoire de deux cœurs qui battent au cœur d'une ville qui ignore leur existence.

mardi 5 juillet 2016

No et moi

Auteur : Delphine de Vigan
Edition : Le Livre de Poche
Parution : 2007
Genre : Contemporain

Résumé : Elle avait l'air si jeune. En même temps il m'avait semblé qu'elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu'elle connaissait quelque chose de la vie qui faisait peur.
   Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d'amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes. Jusqu'au jour où elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu'elle. No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l'errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Mais nul n'est à l'abri...

   C'est le premier roman de Delphine de Vigan  que je lis, et j'ai adoré ma lecture. 
   C'est une histoire qui commence par une simple suggestion d'exposé, "les femmes SDF", qui débouche sur la rencontre de la vie de deux jeunes filles, seules et démunies à leur façon. 
   Lou est une jeune fille de 13 ans surdouée et timide, qui passe son temps à imaginer un monde idéal, et à assouvir sa curiosité en "collectionnant" les mots et multipliant les expériences comme comparer les ingrédients dans les plats surgelés. 
   No est une jeune fille à peine plus âgée. Elle rencontre Lou à une station de métro, avec sa petite valise qu'elle traîne partout avec elle et ses vêtements élimés. Deux jeunes filles. Deux adolescentes. Deux personnes perdues dans l'immensité du monde. Et la seule chose qui différencie ces filles, qui fait qu'elles n'appartiennent pas au même monde, c'est que No vit dans la rue. Et pourtant, la vie les a réunies à cette station de métro très précise. Lou va tout faire pour tenter de tirer No de sa situation, pour l'aider avec tous les moyens dont dispose une jeune fille.
   
   Delphine de Vigan a un vrai don pour écrire à propos de ces ombres de la société. Ces personnes brisées que l'on remarque à peine, à côté de qui on passe chaque jour sans poser le regard sur elles. Elle a un don pour nous obliger à regarder, pour pointer du doigt ce qui ne va pas dans notre société, pour parler des choses graves avec légèreté, pour montrer des choses dures à travers des yeux d'enfants. 

   Ce n'est pas forcément le genre d'histoire qui se termine bien, mais c'est une belle histoire d'amitié, d'amour et de tendresse, au sein d'un monde plein de dureté et d'injustices. Ce roman montre qu'il est difficile de vivre dans ce monde si on ne rentre pas dans les petites cases pré dessinées pour que les gens sautent à pieds joints dedans. Avec ce roman, je suis tombée amoureuse de la plume de Delphine de Vigan.  

Compteur Livraddict

Bannière Livraddict

Compteur Betaseries

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