vendredi 12 mai 2017

The Escape Artist | Chronique Série

Titre original : The Escape Artist
Créée par : David Wolstencroft
Réalisée par : Brian Welsh
Origine : Royaume-Uni
Genre : Drame
Première diffusion : 29 octobre 2013
Sur : BBC One (UK)
Vue en : VOSTFR
S'étend sur : 1 saison, 3 épisodes
Statut : Terminée depuis le 12 novembre 2013
Avec : David Tennant, Toby Kebbell, Sophie Okonedo, Ashley Jensen, Jeany Spark, Tony Gardner.
   Pitch : William Burton est un avocat réputé pour n'avoir jamais perdu un seul de ses procès. Sa vie se complique le jour où il doit défendre un client accusé de meurtre, Liam Foyle, que tout incrimine.
   The Escape Artist est sans doute aucun la série la plus courte que j'ai regardé dans ma vie, car celle-ci comporte seulement trois épisodes. C'est ce que j'aime avec les séries britanniques : elles savent quand il faut s'arrêter, même si cela implique de produire à peine une saison. Malgré le fait que la série soit très courte, elle n'en reste pas moins captivante et intense.



   On suit le personnage de William Burton, interprété par l'excellent David Tennant, que l'on a aussi pu voir interpréter dans la série Doctor Who son rôle le plus notable, celui du dixième Docteur. William Burton est un avocat très réputé et invaincu dans tous ses procès. On le découvre le jour où son cabinet lui impose le cas d'un client accusé de meurtre. Tout accuse ce client du meurtre, on le sait coupable, mais William Burton doit gagner ce procès pour son cabinet, ce qui implique de devoir disculper ce criminel. Partagé entre son dégoût pour son client et son travail d'avocat, il gagne tout de même ce procès (ce n'est pas un spoiler, tout cela se fait dans l'exposition) et en sortant de la salle, il refuse de serrer la main de son client. C'est à ce moment précis que tout, dans la vie de William Burton, part en vrille. 



   Je ne peux pas vraiment en dire plus sur la série en elle-même, car c'est ce refus de serrer la main de son client qui déclenche tout le reste de la série, et ce qui apparaît au départ comme une simple série policière lambda se transforme en une chasse à l'homme que vous découvrirez si vous décidez de regarder la série. Celle-ci examine sous toutes les coutures toutes les limites de la justice, en l'occurrence ici au Royaume-Uni, mais c'est valable pour le monde entier. Nos lois actuelles laissent passer beaucoup trop de criminels entre les mailles du filet, mais comment être sûr qu'on enferme bien un criminel ? Les apparences sont souvent trompeuses, et celles-ci sont bluffantes dans The Escape Artist.
    C'est une série anglaise, la réalisation paraît plus lente et plus sobre, mais néanmoins rythmée, que ce dont on a l'habitude dans les séries américaines, c'est ce qui fait le charme des séries anglaises à mon sens. David Tennant est exceptionnel encore une fois dans ce rôle, il est doté d'une intelligence rare qui lui permet de saisir toutes les subtilités de chacun des rôles qu'il entreprend, et c'est toujours un bonheur de le voir à l'écran. A mon sens, avoir David Tennant au casting d'une série, c'est l'assurance de regarder une œuvre télévisée ou cinématographique d'une grande qualité. Il fait partie de ces acteurs que j'admire de manière inconditionnelle, directement placé aux côtés de Gillian Anderson et Emma Watson. De plus, dans cette série, il reprend son accent écossais, qu'il avait laissé tombé pour Doctor Who, vous aurez donc le plaisir d'entendre la belle voix de David Tennant dans toute sa splendeur dans The Escape Artist, si vous regardez la série en VO, ce qui est un plus fort appréciable. 



   On retrouve également Toby Kebbell dans cette série. Je vous en ai touché un mot dans ma chronique précédente sur la saison 1 de Black Mirror, dans laquelle il interprétait le rôle principal pour l'épisode final. Ce n'est guère étonnant, puisque Brian Welsh, qui a réalisé auparavant l'épisode de Toby Kebbell dans Black Mirror, a également réalisé la série The Escape Artist, et très souvent, on travaille avec les mêmes personnes dans le monde des séries télévisées. Encore une fois, Toby Kebbell prouve son talent énorme en interprétant le rôle de Liam Foyle. Il sait injecter le malaise suffisant dans son personnage pour nous donner froid dans le dos devant notre écran, et son duo avec David Tennant est très réussi. 



   Je ne peux en tous cas que vous conseiller de regarder The Escape Artist, et j'espère avoir attisé votre curiosité à propos de cette série. Elle se regarde très vite, en à peine trois heures, même pas un après-midi complet, et vous en ressortirait avec l'impression d'avoir pris une claque télévisuelle. 

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jeudi 11 mai 2017

Black Mirror, saison 1 | Chronique Série

Titre original : Black Mirror
Créée par : Charlie Brooker
Origine : Royaume-Uni
Genre : Horreur, Science-fiction, Thriller, Drame
Première diffusion : 4 décembre 2011 
Sur : Channel 4
Vue en : VOSTFR
S'étend sur : 3 épisodes
Statut : Terminée depuis le 18 décembre 2011
Avec : Rory Kinnear, Lindsay Duncan, Daniel Kaluuya, Jessica Brown Findlay, Toby Kebbell, Jodie Whittaker.
   Pitch : Série d'anthologie dont les épisodes sont tous liés par la thématique de la mise en œuvre d'une technologie dystopique plus ou moins réalisable, et interroge, sous un angle pessimiste et satirique, les conséquences que pourraient avoir les nouvelles technologies sur l'être humain si imprévisible.
    Black Mirror est ce que l'on appelle une série d'anthologie, c'est-à-dire que les épisodes, bien que liés par un même thème, présentent chacun un décor et des personnages différents. La seule autre série que je connais et qui fait exactement la même chose, c'est la série Twilight Zone, connue sous le titre La Quatrième Dimension en France. Pour cette raison, je ne peux pas parler de cette série comme je parle des autres, dans sa globalité. Je vais donc, puisque la série comporte peu d'épisodes par saison, organiser ma critique sous différentes chroniques, découpées par saisons, que je découperais elles-mêmes en sous parties par épisodes, pour pouvoir dire un mot sur chacun. Dans cette chronique, je parlerai des trois épisodes de la saison 1 de Black Mirror, à savoir The National Anthem, 15 Millions Merits et The Entire History of You.

The National Anthem


Réalisation : Otto Bathurst
Distribution : Rory Kinnear, Lindsay Duncan, Donald Sumpter, Tom Goodman-Hill, Anna Wilson-Jones, Lydia Wilson.
Pitch : Après l'enlèvement de la princesse royale, le Premier Ministre britannique est confronté à un énorme et choquant dilemme. L'épisode examine non seulement la question du libre-arbitre dans un environnement politique où la notion de popularité est aisément biaisée et peut être manipulée, mais aussi l'interaction entre les différents acteurs des domaines politiques et médiatiques ainsi que du public devant une situation de crise.
   Je préfère vous prévenir dès le départ : cet épisode est dégueu. Pas dans le sens où il serait mal réalisé ou que les acteurs joueraient mal, tout simplement parce que je me suis trouvée plus que mal à l'aise à un certain moment de l'épisode. Alors vous me direz, c'est le but de la série de mettre dans l'inconfort, de nous confronter aux déviances de la nature humaine face aux nouvelles technologies, mais à part dans cet épisode, ça ne m'est jamais arrivé d'avoir la nausée. C'est pas le meilleur épisode de la série d'ailleurs, c'est dommage qu'il en soit le pilot parce que j'ai failli arrêter de regarder après celui-ci, alors que la série en général est géniale.



   Cet épisode met d'autant plus mal à l'aise qu'il met en lumière ce que l'on peut faire de pire avec nos technologies déjà existantes. La série montre tout au long de ses épisodes des technologies tout droit sorties de la science-fiction, mais la télévision, ça existe depuis la fin du XIXè siècle, et c'est d'autant plus effrayant à mon avis, parce que c'est le genre de choses qui pourraient parfaitement se dérouler dès maintenant, vu le peu de morale dont est capable l'être humain le plus souvent.

   L'épisode fait la critique du voyeurisme télévisuel. Vous voyez, tous ces différents programmes de téléréalités qui popent sur nos chaînes de télévision ? Ou encore, ces programmes de divertissement qui consistent en l'humiliation la plus totale de leurs chroniqueurs, de type Touche pas à mon poste ? Ce ne sont pas des programmes si éloignés de ce que propose ce premier épisode de Black Mirror. Le Premier Ministre britannique va être confronté à un choquant dilemme qui consiste à exécuter un acte dégradant et immoral devant toute l'Angleterre, pendant que le pays entier suivra d'un regard avide le Premier Ministre se donner en spectacle. Un peu comme une bonne partie de la population française adore regarder des gens se prendre un plat de spaghettis dans le slip en suivant une certaine émission de C8.

15 Million Merits


Réalisation : Euro Lyn
Distribution : Daniel Kaluuya, Jessica Brown Findlay, Rupert Everett, Julia Davis, Ashley Thomas.
   Pitch : Tout un prolétariat vit dans des tours futuristes dont ils ne sortent jamais. Certains sont des artistes, d'autres sont condamnés à pédaler sur des vélos pour alimenter la société en énergie. Un des ouvriers, Bing, hérite de la fortune de son frère décédé. Il décide d'en faire profiter une autre ouvrière pour qu'elle accède à un télé-crochet. 
   Si le premier épisode est sans doute le pire de toute la série, le deuxième est mon préféré. Il s'agit d'une satire sur les spectacles de divertissement et notre insatiable soif de distraction. C'est le divertissement pascalien dans toute sa splendeur : la vie de ces gens consiste à pédaler devant des écrans, des publicités, des jeux vidéos, et même dans leurs chambres, seuls, ils sont entourés de publicités et de programmes H24, ce qui les empêche de ruminer leur vie minable et de protester. Dans cette société, soit on consomme du divertissement, soit on est acteur du divertissement, on ne peut pas faire autrement.
   L'acteur qui joue Bing, Daniel Kaluuya, est absolument incroyable. Il n'a aucun dialogue pendant les vingt premières minutes de l'épisode, jusqu'à ce qu'il rencontre Abi, à tel point que je le pensais muet au départ, et on découvre un jeu d'acteur plein de subtilité et de finesse. Il s'ennuie. Il est l'un des rares à passer à travers les mailles de ce filet de trop-plein de divertissement, c'est très clair, et pourtant, l'ennui est un sentiment qui ne devrait pas exister dans ce monde où tous les sens sont sans cesse sollicités. Pourtant, Bing n'est pas réceptible, et dans ce monde où l'on dévore des programmes télévisés, il est le seul à avoir les yeux ouverts, paradoxalement.



    L'épisode met en évidence que l'être humain est un pur produit de consommation. Il est utilisable et recyclable. Tu es trop gros pour pédaler ? Alors tu deviens employé au ménage, et tu ramasses les déchets des cyclistes. Même le haut du panier, et surtout cette partie de la population, est consommable. Tu chantes bien mais sans plus, par contre tu as un joli minois ? Tu seras actrice porno, et tu intégreras les nombreux jeux vidéos et programmes que les cyclistes peuvent regarder sur leurs vélos.
   La série est très pessimiste, alors il ne faut pas s'attendre à un gros bouleversement des choses à la fin de l'épisode, au contraire même. Mais l'ardeur de Bing pour faire changer les choses, sa rage de vaincre, sont stupéfiantes, et son discours de fin d'épisode me donne des frissons à chaque fois.

The Entire History of You


Réalisation : Brian Welsh
Distribution : Toby Kebbell, Jodie Whittaker, Tom Cullen, Jimi Mistri, Amy Beth Hayes, Rebekah Staton, Rhashan Stone, Phoebe Fox.
   Pitch :  Liam Foxwell, jeune avocat en recherche d'emploi, doute de la fidélité de sa femme. Comme presque tout le monde, il a une puce implantée derrière l'oreille lui permettant de stocker ses souvenirs et de les rediffuser quand bon lui semble. Il utilise donc les images en sa possession pour enquêter sur ce supposé adultère et démasquer les potentiels amants.
   Imaginez que, demain, nous soyons capables, grâce à une minuscule puce sous la peau, derrière l'oreille, d'enregistrer tout ce que l'on voit et entend, et de le diffuser à n'importe qui ? Après tout, nous avons déjà inventé les Google Glasses, alors l'idée ne semble pas si incongrue. Ce serait plutôt excitant, ou terrifiant, à votre avis ? C'est la problématique de cet épisode de Black Mirror. C'est un épisode plus dramatique et plus touchant que les deux premiers, qui étaient plus dans l'action.
   Dans cet épisode, la série adopte un style d'écriture qu'elle reprendra assez souvent à mon sens : exposer une technologie futuriste d'une façon très positive, pour en dévoiler tout l'enfer au fur et à mesure de l'épisode. Ça donne à réfléchir à mon avis, parce que si cette technologie existait alors que je n'avais jamais vu l'épisode, j'aurais pu en être ravie, car j'adorerais pouvoir me repasser de vieilles séquences de souvenirs pour une session de nostalgie. Sans compter que cela pourrait donner lieu à une étude pour soigner certaines maladies dégénérescentes, comme la maladie d'Alzheimer, de pouvoir se repasser ses souvenirs, vieux ou récents. Seulement, j'oubliais que l'être humain est capable du pire, et la question du consentement et de l'intrusion a des limites très floues dans l'esprit de certains, et la dérive n'est jamais très loin. La tentation de l'espionnage, du voyeurisme est toujours là, et certains n'y résistent pas longtemps.



   Encore une fois, la série a choisi la crème de la crème en matière d'acteurs britanniques pour cet épisode. Notamment Toby Kebbell, dont on suit le personnage tout au long de l'épisode, et qui est un acteur incroyable. il joue notamment Liam Foyle dans The Escape Artist au côté de David Tennant, et on a pu y apercevoir également toute l'étendue de son talent. Il joue un personnage qui devient mentalement instable au fur et à mesure qu'il découvre la trahison de sa femme, et cela se fait tout en subtilité. On creuse dans les tréfonds de la psychologie humaine avec ce personnage, et l'acteur est parfait pour ce rôle. Et la sobriété de l'épisode est parfaite pour mettre en lumière un tel sujet. Par ailleurs, l'acteur Robert Downey Jr. a mis une option sur l'épisode pour peut-être l'adapter au cinéma un jour, ce qui prouve assez les bonnes audiences et critiques qu'à reçu l'épisode.


   Pour conclure, je dirais que cette première saison de Black Mirror est assez remarquable. Vous pouvez regarder les épisodes dans l'ordre que vous souhaitez, cela importe peu à mon avis puisque les épisodes sont totalement indépendants les uns des autres. En tous cas cette première saison, malgré un premier épisode que je trouve médiocre, se termine en apothéose avec deux épisodes magnifiques.

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mercredi 10 mai 2017

2 Broke Girls | Chronique Série

Titre original : 2 Broke Girls
Créée par : Michael Patrick King & Whitney Cummings
Origine : Etats-Unis
Genre : Sitcom
Première diffusion : 19 septembre 2011
Sur : CBS
Vue en : VOSTFR, VF
S'étend sur : 6 saisons, 138 épisodes
Statut : Renouvellement potentiel
Avec : Kat Dennings, Beth Behrs, Garrett Morris, Jonathan Kite, Matthew Moy, Jennifer Coolidge.
   Pitch : Max est une serveuse travailleuse qui n'a toujours connu que la misère et la pauvreté. Elle se retrouve à aider Caroline, une nouvelle serveuse évoluant autrefois dans la haute société, mais ayant tout perdu à la suite des fraudes de son père. Max propose à Caroline d'être sa nouvelle colocataire. La série démarre à New York et raconte la vie de ces deux serveuses.
   Je suis totalement passée à côté de 2 Broke Girls quand la série a débuté il y a quelques années, je l'ai découverte seulement l'an dernier, et j'ai vu avec surprise et un peu d'horreur que j'avais 5 saisons et demi à rattraper à l'époque. C'est pas de la tarte déjà pour moi, d'avoir le temps de regarder une saison entière d'une série de Netflix par exemple, qui pope d'un coup en entier, et pas épisode par épisode chaque semaine, alors 5 saisons et demi, j'ai failli abandonner. Mais je me suis délicieusement laissée porter par Caroline et Max et leurs aventures farfelues. 



    L'histoire est celle de Max Black, une serveuse dans un resto un peu miteux de Brooklyn, au caractère pessimiste et désabusé. Elle est pauvre depuis toujours, a des mommy issues et vit dans un appart minable avec un mec douteux. Nous commençons à la suivre le jour où une nouvelle serveuse, Caroline Channing, arrive au resto où Max travaille. Sa particularité, c'est qu'elle est une ancienne riche, qui a tout perdu le jour où on a découvert que son père fraudait. La série va montrer que, malgré leur différence de milieu social, ces deux filles sont capable de travailler ensemble pour se construire une nouvelle vie, toutes les deux. Caroline va devoir hisser la tête hors de l'eau, et souvent ravaler sa fierté, pour pouvoir se reconstruire, et Max va l'aider, d'abord en lui proposant de devenir sa colocataire, puis, sur une idée de Caroline, en s'associant pour monter une boutique de cupcakes. Les deux amies vont s’épauler mutuellement pour sortir de la pauvreté. 



   La série est une sitcom, et est donc essentiellement une série humoristique. Elle ne fera cependant pas rire aux éclats à mon avis, en tous cas je ne ris pas devant 2 Broke Girls comme devant Friends par exemple. L'humour est parfois un peu dérangeant, entre les blagues sexistes de Oleg et celles de tout le monde sur la petite taille et les origines de Han Lee, et cela peut donc rebuter. Cela dit, ce qui peut être porté au crédit de la série, c'est que celle-ci le dit, à travers ses personnages, que ce genre d'humour est oppressif, et c'est le seul point noir majeur que je retire de 2 Broke Girls. En revanche, certaines situations ont réussi à me décrocher des fous rires, et il faut bien admettre que les personnages, même les plus passagers (une pensée pour toi, Deke, que j'adorais et qui a été si éphémère), sont très attachants.



   A commencer par Max, qui est mon personnage préféré de la série. La jeune femme est issue de la classe ouvrière, et a toujours vécu dans la pauvreté et la misère. Elle a eu la malchance de vivre avec une mère qui se souciait peu d'elle et sans père, et a donc dû se prendre en main toute seule et très tôt. Elle collectionne les aventures avec des gars qui sont dans le milieu de la drogue, et qui ne la respectent pas. Elle fait souvent des références à sa vie avec sa mère, mais toujours avec ironie, et elle affiche toujours un sourire désabusé. Derrière une forte personnalité, elle cache un sérieux manque d'assurance et de confiance en elle et ses capacités, et heureusement que Caroline et là pour la pousser à croire en elle et à s'en sortir.
   Si Max est la pessimiste du duo, Caroline est l'optimiste. Elle est solaire, très maniérée du fait de sa haute naissance, et voit toujours la vie du bon côté, ce qui est sans doute la raison majeure pour laquelle elle n'a pas sombré dans la dépression après avoir tout perdu. C'est une battante, et une jeune femme très intelligente et pleine de ressources. Elle a l'idée un jour en voyant Max faire des cupcakes d'allier le savoir-faire de son amie à sa connaissance du monde des affaires pour monter leur propre boîte. Leurs vies étaient aux antipodes l'une de l'autre, et pourtant, elles sont deux faces d'une même pièce, complémentaires dans tous les domaines, et leur amitié est l'une des plus belles que j'ai vu à la télévision.



   La série a l'avantage de mettre sur le devant de la scène essentiellement deux portraits de femmes se battant pour s'en sortir dans la vie. Et le mieux, c'est que c'est par elles-mêmes, toutes seules qu'elles s'en sortent. Ce que je veux dire par là, c'est qu'on le connaît, le cliché de la femme perdue qui va tomber sur un mec qui va la sortir de sa situation miteuse (coucou Pretty Woman). Mais 2 Broke Girls se rapproche le plus de ce que l'on peut se figurer deux femmes qui tentent de s'élever et s'épanouir dans leur travail : elles sont toutes seules, ne peuvent compter que sur elles-même, gèrent chacune différemment le manque d'argent. Dans la vie, y a pas toujours un prince charmant qui va venir porter nos courses trop lourdes et nous sortir de notre misère. Et bien là, c'est pareil. Leur affaire perce difficilement au départ, Max prend des cours de pâtisserie pour s'améliorer, leur boutique coule, elles changent d'optique. Cette série montre à quel point il est difficile, surtout pour des femmes, de partir de rien pour se hisser sur les échelons et percer dans le monde du travail, et a l'avantage de ne pas "glamouriser" la pauvreté, comme on peut le voir parfois. D'ailleurs, à part Jennifer dans The IT Crowd, je n'ai jamais vu deux personnages féminins de séries se mettre dans des situations aussi peu glamours et "féminines", aussi souvent.



   Bref, 2 Broke Girls est une série que je vous conseille de regarder. Vous allez adorer suivre les aventures de Max et Caroline, et même si l'humour fait parfois grincer des dents, ce n'est personnellement pas pour cela que je regarde cette série, mais bien pour ses personnages, que j'apprécie tous, même si je n'ai parlé que de deux d'entre eux, je vous invite à découvrir les autres. Surtout la géniale Sophie, Han, Earl et Deke, les quatre autres personnages que je préfère de cette série.


mardi 2 mai 2017

Entre mes mains le bonheur se faufile

Auteure : Agnès Martin-Lugand
Edition : Pocket
Parution originale : 2014
Nombre de pages : 281
Genre : Contemporain
   Résumé : Iris n'est pas heureuse dans sa petite vie routinière avec son mari qui la délaisse peu à peu, son travail ennuyeux à la banque, sa famille qui veut la voir embrasser un statut de femme "modèle et respectable". Ce qu'elle aime, Iris, c'est la couture, dessiner des modèles, créer des vêtements. Alors quand elle apprend que ses parents lui ont volé son rêve d'adolescente, Iris s'envole vers Paris, dans l'atelier de la merveilleuse Marthe, son mentor, troublante et autoritaire...


   Ce que j'aime beaucoup, avec les livres de Agnès Martin-Lugand, et qui m'a tout de suite accroché avec Les Gens heureux lisent et boivent du café, c'est que cette auteure, avant de raconter des histoires, elle nous livre des portraits de femmes, de "vraies" femmes. Les personnages dont elle nous brosse le portrait sont des femmes parfois fortes, d'autres fois fragiles, parfois sûre d'elles, et certaines fois démunies, qui parfois savent où elles vont, et parfois, elles auraient bien besoin d'un guide.
   Ces femmes pourraient être n'importe laquelle d'entre nous, et l'enseignement que l'ont peut en tirer, c'est qu'on n'est pas infaillibles, et qu'on n'a pas le droit de nous demander de l'être. On a le droit de prendre nos décisions nous-même, même si nous allons droit dans le mur, même si on se trompe. On a le droit de se laisser aller à pleurer, ce n'est pas un signe de faiblesse. On a le droit de ne pas toujours être fortes, nous sommes parfaitement légitimes et dignes d'être écoutées même si notre carapace est fissurée. Enfin, comme l'écrivait le poète britannique William Ernest Henley : "I am the master of my fate ; / I am the captain of my soul" : Je suis la seule à pouvoir diriger la barre de mon vaisseau. Les autres en sont juste les matelots.

   Outre le côté libérateur et émancipateur des romans de Agnès Martin-Lugand, je leur reproche tout de même leur nombre conséquent de clichés, et cela, surtout dans Entre mes mains le bonheur se faufile : à la moitié du roman environ, j'avais déjà deviné, à peu de choses près, la façon dont allait se finir le roman. J'ai lu suffisamment de livres dans ma vie pour reconnaître certains tropes qui se retrouvent dans celui-ci, et dès le moment où je me mets à lever les yeux au ciel en lisant ou que je me mets à souffler, c'est que je suis aigrie par le nombre de clichés, et ça a quelque peu terni ma lecture. Je ne comprends pas pourquoi, par exemple, il faut toujours qu'un homme sorti de nulle part intervienne toujours dans la vie des femmes dépeintes dans les livres et tentent de les séduire. Les femmes non-hétérosexuelles, ça existe, vous savez. Et ce n'est plus un tabou. Alors s'il vous plaît, moins de clichés, plus de représentation, et vous aurez des lecteurs contents qui ne devineront pas la fin au bout de cent pages.

   J'ai quand même été assez touchée par le personnage de Iris, le seul avec qui j'ai eu des atomes crochus pendant ma lecture. C'est une jeune femme que l'on découvre en plein dans un chamboulement de sa vie, à la croisée des chemins : alors qu'elle découvre son don véritable pour la couture, et qu'elle prend conscience de son talent, elle doit choisir entre réaliser son rêve et vivre une vie de mère au foyer auprès de son mari ; s'émanciper ou s'enchaîner. Elle est en quête de sa véritable identité, et se découvre peu à peu au fur et à mesure du roman. Il faut dire que Agnès Martin-Lugand l'aide bien d'une certaine manière : j'ai l'impression que l'auteure a écrit l'intégralité de son livre en fonction de sa fin, et c'est pour cela à mon avis que l'on devine presque tout dès le départ, et que le roman ne m'a par conséquent pas plus transcendée que cela. Cependant, je ne peux pas dire que c'est un mauvais roman, ni que je n'ai pas apprécié ma lecture. Je suis simplement un peu déçue que l'auteure ait si souvent choisi la facilité.

   J'attends en tous cas vos retours sur ce livre si vous l'avez lu, ou de savoir si j'ai piqué votre curiosité avec mon avis, dites-moi tout en commentaires. Et vous, l'avez-vous aimé ?

samedi 22 avril 2017

Martiens, go home !

Auteur : Fredric Brown
Edition : Folio
Collection : SF
Parution originale : 1955
Genre : Science-fiction
    Résumé : 26 mars 1964. Luke Devereaux, 37 ans, est un écrivain de science-fiction en procédure de divorce. Retiré dans une cabane en plein désert californien pour y trouver un sujet de roman, il pense tenir une idée de sujet sur les Martiens, quand quelqu'un frappe à la porte : c'est un petit homme vert. Pendant la discussion, le Martien se révèle très peu courtois, mais doué de capacités exceptionnelles : il peut se dématérialiser à volonté et voit à travers les surfaces opaques. Luke Devereaux quitte sa cabane en voiture et se rend bientôt compte qu'il n'était pas la proie d'une hallucination : un milliard de Martiens ont débarqué sur Terre.
    Imaginez-vous écrivain de science-fiction en 1964. Vous vous êtes isolé dans une petite cabane dans la campagne américaine, loin de toute civilisation pour vous recentrer et trouver enfin LE sujet qui vous fera noircir des pages et des pages et vous fera entrer de nouveau dans les bonnes grâces de votre éditeur. Vous vous dites enfin qu'une bonne petite histoire de Martiens fait toujours plaisir, et vous vous placez enfin devant votre machine à écrire pour taper allègrement le début, quand soudain...
   Toc toc toc.
    Vous allez pour ouvrir la porte, et là, un petit bonhomme vert apparaît dans l'encadrement, et vous lance un "Salut Toto ! C'est la Terre ici ?"
    C'est l'histoire qui va arriver à Luke Devereaux, le personnage principal du roman de Fredric Brown intitulé Martiens, go home !, et qui raconte d'une manière totalement délirante, dans le futur de l'auteur à l'époque où il écrit le roman, l'arrivée, le séjour, et le départ des Martiens sur Terre.

   Les Martiens sont absolument odieux, arrogants, turbulents, savent se téléporter (ou "couimer", comme ils disent) appellent tous les hommes Toto et toutes les femmes Chouquette, et adorent se mêler de la vie, privée ou non, des gens, et fouiner dans les affaires des humains puisqu'ils y voient dans le noir et à travers les murs et les objets, ce qui veut dire qu'ils connaissent tous les secrets de tous le monde. C'est légèrement problématique quand, en pleine période de Guerre Froide, les moindres secrets des États-Unis sont révélés à la Russie, et inversement. Cela crée une sorte de grande tension mondiale, et paradoxalement, une union de tous les pays qui tendent vers un seul objectif : trouver un moyen de se débarrasser des Martiens. En un mot comme en cent, c'est le chaos sur Terre, merci les petits hommes verts.
   L'arrivée des Martiens crée un grand bouleversement mondial. Celle-ci a de nombreuses conséquences sur la vie et l'industrie mondiale. Les romans de science-fiction n'ont plus la côte puisque les gens voient suffisamment d'aliens dans leur vie pour en être dégoûtés dans les romans. De plus, puisque ces derniers adorent dire la vérité et révéler tout haut et tout fort ce que les humains préfèreraient cacher, ceux-ci n'osent plus proférer un seul mensonge, et évitent tout faux pas qui pourrait les mettre dans une situation inconfortable. Ainsi, plus d'adultères, puisque sinon les Martiens iraient tout répéter au mari ou à la femme, le temps de couimer. D'ailleurs, vu que les petits hommes verts sont des voyeurs, la libido des humains a fortement baissé et la natalité mondiale a chuté pendant les premiers temps de l'invasion.

   Martiens, go home ! est un excellent classique de la science-fiction, c'est drôle, ça se lit vite (en une fin d'après-midi c'était plié pour moi) et très simplement. On découvre, latente, une réflexion sur la situation sociopolitique de l'époque, notamment une petite critique de la Guerre Froide, et en élargissant, sur la guerre en général, mais surtout une réflexion sur la folie, ses limites, dans quelles conditions. Le tout, avec un humour grinçant absolument génial.

vendredi 21 avril 2017

13 Reasons Why | Chronique Série

Titre original : 13 Reasons Why
Créée par : Brian Yorkey
Origine : États-Unis
Genre : Drame
Première diffusion : 31 mars 2017
Sur : Netflix
Vue en : VOSTFR
S'étend sur : 1 saison, 13 épisodes
Statut : En production
Avec : Dylan Minnette, Katherine Langford, Christian Navarro, Alisha Boe, Brandon Flynn, Justin Prentice, Miles Heizer, Ross Butler, Devin Druid, Amy Hargreaves, Derek Luke, Kate Walsh...
   Pitch : Clay Jensen, un lycéen de 17 ans, reçoit chez lui une boîte à chaussures pleine de cassettes. Ces cassettes proviennent d'une de ses amis, Hannah Baker, qui a récemment mis fin à ses jours. Elle contiennent les treize raisons pour lesquelles Hannah Baker s'est suicidée, et correspondent chacune à une personne liée à Hannah d'une manière ou d'une autre que chacun va pouvoir découvrir.

   13 Reasons Why est une série de Netflix, adaptant le roman de Jay Asher Treize raisons (13 Reasons Why en version originale). Elle débute quelque temps après un évènement épouvantable qui est arrivé au lycée Liberty : une de ses élèves, Hannah Baker, a mis fin à ses jours. C'est apparemment une surprise, et personne ne comprend exactement ce qui est arrivé à cette fille. Cependant, certains élèves ont un comportement quelque peu étrange avec le personnage que l'on suit tout au long de la série, Clay Jensen, un élève pas très raccord, un peu différent des autres, il rappelle un peu Charlie de The Perks of being a Walflower, aussi bien physiquement que dans le comportement. Que ce soit Justin, un sportif du lycée, Courtney, une fille qu'il connaît à peine, ou encore Tony, qui lui propose l'air de rien de le ramener après les cours et de lui faire écouter des cassettes audio, un objet obsolète maintenant, chacun se comporte bizarrement en sa présence.



   C'est parce que Clay est le prochain qui doit recevoir les cassettes, dernier "cadeau" de Hannah Baker qu'elle a enregistré quand elle était encore vivante. Et évidemment, chacun de ceux qui les ont écoutées avant lui guette sa réaction, qui risque de faire des étincelles, puisqu'il était le plus proche de Hannah. Clay découvre vite que chacune des treize personnes qui font l'objet de ces cassettes ont un rapport avec la décision que Hannah a prise de mettre fin à ses jours. Chaque épisode de la série correspond donc à une face d'une cassette, qui va raconter un épisode de la vie de Hannah, ses joies, ses peines, ses peurs, et chaque parole d'Hannah est un cri de désespoir et de détresse à ceux qui n'ont pas su tirer la sonnette d'alarme quand il était encore temps. La question est : pouvaient-ils vraiment faire quelque chose ? 
    J'ai entendu beaucoup de personnes sur les réseaux sociaux dire par exemple que si Clay avait pu dire à Hannah qu'il l'aimait, elle aurait pu s'en sortir. Je n'en suis pas si sûre. Je ne suis pas suicidaire et je ne connais pas des personnes qui le sont, mais je connais des personnes dépressives, et croyez moi, l'amour, ça guérit pas la dépression, alors j'imagine que ça guérit pas non plus les idées de suicide.



   Il y a cependant quelque chose dans la réalisation de la série qui peut nous faire penser qu'il y a un temps où il était possible de la sauver, et un autre où il était trop tard. La série joue sur les altérations du physique de leurs personnages pour définir différentes périodes : au début de la série, Clay a un accident de vélo et se blesse à la tête. Ça semble être une scène "anodine" qui n'est plus mentionnée pendant le reste de la série, mais cette blessure à la tête sert au spectateur pour déterminer si la scène qu'il voit se situe dans le passé ou dans le présent, et ainsi reconstituer le puzzle de cette narration éclatée. C'est une façon intéressante de guider le spectateur dans les différentes périodes évoquées tout au long de la série. Il y a un moment de ce genre dans la série qui concerne Hannah, un changement de physique, qui serait à mon avis le moment charnière où Hannah ne pouvait plus revenir en arrière sur sa décision. Ce moment de la série est aussi celui où arrivent sans doute les épisodes qui narrent les moments les plus graves dans la vie d'Hannah et ses camarades.



   En ce qui concerne les acteurs, je pourrais dire qu'ils sont tous très bons, surtout pour une teen serie. Je pense que Katherine Langford est absolument parfaite dans le rôle de Hannah, a une bonne dynamique avec Dylan Minnette, et a su moduler son jeu d'actrice en fonction des nuances de son rôle de jeune fille pleine de vie, qui aime la vie, mais qui pense que la vie ne l'aime pas, et elle est vraiment touchante. J'ai aussi été ravie de voir Keiko Agena dans le rôle de la prof Madame Bradley, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vue dans une nouvelle série et ça fait du bien. Et j'ai adoré voir Kate Walsh dans le rôle de la mère de Hannah, c'est une excellente actrice que j'adore, et qui avait joué également dans Lost et Once Upon a Time.



   A l'heure actuelle on ne sait pas encore si la série va être renouvelée pour une saison 2, mais Brandon Flynn, l'acteur qui joue Justin dans la série, semble être confiant. Très honnêtement, je pense que je préfèrerais que la série s'arrête là. Toute l'histoire a été racontée, on connaît tout le récit de Hannah, et le dernier épisode offre une fin très satisfaisante. Pour moi, continuer la série n'aurait aucun sens, et donnerait une saison médiocre, ce qui serait dommage. Je vous conseille néanmoins fortement de regarder cette première saison qui offre un tableau à mon avis très juste de ce que peuvent vivre certains lycéens harcelés par leurs camarades, que personne n'écoute, que personne n'entend, et qui finissent par prendre des décisions irréversibles.



https://buffyslibrary.blogspot.fr/search/label/Coup%20de%20c%C5%93ur

mercredi 12 avril 2017

The IT Crowd | Chronique Série

Titre original : The IT Crowd
Créée par : Graham Linehan
Origine : Royaume-Uni
Genre : Sitcom
Première diffusion : 3 Février 2006
Sur : Channel 4
Vue en : VOSTFR
S'étend sur : 4 saisons, 25 épisodes
Statut : Terminée depuis le 30 juillet 2010
Avec : Katerine Parkinson, Chris O'Dowd, Richard Ayoade, Matt Berry, Christopher Morris, Noel Fielding
   Pitch : Jen est affectée au service informatique (IT) de Reynholm Industries alors qu'elle a aucune compétence dans le domaine, bien que son CV affirme le contraire. Les deux principaux agents de l'IT avec qui elle doit travailler, Roy et Moss, sont des caricatures de geeks et de nerds.

    The IT Crowd est une série qui propose un concept très simple : elle raconte l'histoire du service informatique d'une grande entreprise londonienne, dans lequel Roy et Moss, deux employés de l'IT, travaillent. Ce sont des caricatures de geeks et de nerds, méprisés par les autres employés qui n'ont d'autres choix que de les garder parce qu'ils sont les seuls à savoir réparer les ordinateurs, et sont complètement et socialement inadaptés.



   La série commence le jour où Jen est embauchée pour devenir la cheffe du département informatique de cette entreprise. Jen est très sociable, un peu superficielle, et est horrifiée quand elle voit dans quelles conditions travaillent ses deux compagnons d'infortune, relégués au sous-sol dans des bureaux encombrés. Et c'est cela qui va créer l'une des principales sources d'humour de la série : le décalage entre la personnalité enjouée et solaire de Jen, qui ne comprend rien aux ordinateurs, et celle plus bourrue et renfermée de Roy et Moss, parfaitement compétents dans leur domaine mais presque totalement à l'écart du reste du monde qu'ils ne comprennent pas et dont ils sont incompris. La série joue avec cela tout au long de ses vingt-cinq épisodes, et rend ainsi hommage à la communauté geek qui était presque un total mystère pour le monde en 2006.



   Il faut absolument que je présente ces trois personnages car ce sont eux les principaux vecteurs de l'humour de cette série. Jen est une jeune femme que l'on pourrait aisément caractériser de "fifille". Elle aime les chaussures, les vêtements et les jolis garçons. Mais alors elle est d'une vulgarité dans sa façon d'être et de faire les choses, qui casse complètement ce côté féminin caricatural et propose un décalage hilarant. Elle passe son temps à mentir et à se mettre dans des situations quasi inextricables à cause de ses mensonges, comme, se faire engager au service informatique alors qu'elle n'a aucune compétence dans le domaine, ou encore affirmer qu'elle sait parler italien pour une réunion avec un client de son entreprise alors qu'elle parle l'italien aussi bien qu'une loutre moldave.
   Roy est un informaticien irlandais fainéant, qui en fait toujours le moins possible dans son travail. il est souvent irascible et sarcastique, et aime les filles qui le lui rendent très mal, le trouvant bizarre, et ce malgré une socialisation bien plus poussée que ce que l'on s'attend de la part d'un geek d'habitude. Son univers, ce sont les ordinateurs, il est souvent d'ailleurs irrité de voir que l'utilité de ses compétences en informatique dans son métier se résument à demander aux personnes qui requièrent son aide s'ils ont bien appuyé sur le bouton pour allumer l'écran d'ordi. Il aime aussi les jeux vidéos et les comics, et passe son temps à manger de la malbouffe. Lorsqu'il est pris d'une émotion trop forte, sa voix devient suraiguë.
   Moss est certainement mon personnage préféré de toute la série. C'est un génie de l'informatique, il est ultra intelligent dans son domaine, mais pour tout le reste, c'est un enfant de 5 ans. C'est un trentenaire qui habite encore chez sa mère, et a une apparence classique de nerd : chemise à manches courtes boutonnée jusqu'au col, rentrée dans un pantalon trop court, et des lunettes à grosses montures. Il adore inventer des choses inutiles, comme une échelle pour papillons.



   Ce qui fait aussi l'humour de la série, ce sont ses running gags et l'humour nonsense purement anglais. On pense par exemple à la phrase qui est probablement la plus célèbre de la série : "Have you tried turning it off and on again ?" qui est basiquement la première et seule source d'ennui que les ordinateurs provoquent. C'est une phrase toute simple, mais qui devient une sorte de private joke entre la série et ses spectateurs. Cela montre aussi en réalité à quel point le service informatique de cette entreprise est presque complètement inutile à son fonctionnement. Ce qui laisse beaucoup de temps à Roy, Moss et Jen pour faire le plus de bêtises et d'absurdités possible. Comme... mettre le feu au département par exemple. c'est probablement la scène qui m'a fait le plus rire dans toute la série.


Cette scène est l'un des plus beaux exemples d'humour nonsense que j'ai pu voir dans une série anglaise. Après avoir laissé un fer à souder allumé dans les bureaux de l'IT, un feu se déclare, et la meilleure façon que Moss trouve pour appeler à l'aide c'est... d'envoyer un gentil mail au centre d'urgence, en prenant le temps de bien mettre son mail en forme, avec marques de ponctuation et de politesse, puis attendre qu'ils viennent éteindre le feu. Il y a beaucoup de manifestations d'un humour absurde de ce genre dans la série, mais cet épisode est sans doute celui qui m'a fait le plus rire.



   On trouve aussi un nombre assez incroyable de références geeks, et beaucoup de références au monde de la BD et du cinéma. Ne serait-ce que dans les tee-shirt geek que porte tout le temps Roy, et qui me font penser à moi parce que moi aussi j'en ai à la pelle de ce genre de tee-shirts, et qui montrent tour à tour : un alien de Space Invaders, le nombre 42, pour les fans de Douglas Adams, un niveau de Pac Man, un tee-shirt RTFM (read the fucking manual), etc. Dans le dernier épisode de la saison 2, Jen est remplacée par un répondeur appelé Jen2 (Gentoo) en référence à une distribution de Linux. Enfin, un épisode entier est consacré à un nouveau site, Friendface, qui est clairement une référence à Facebook.
   Dans le dernier épisode de la saison 1, quand Jen fait une appatition derrière la vitre de Bill Crouse en criant "Let me in !", il s'agit d'une référence à Wuthering Heights d'Emily Brontë, et on trouve des références à Docteur Jivago dans l'épisode où Moss rencontre un cuisinier allemand qui veut en fait le manger.

   The IT Crowd est une série sur les geeks au moment de l'émergence de la culture geek dans le monde, et a sans doute aidé à cette émergence à l'époque. Par ailleurs, anecdote assez sympa, un remake américain devait être lancé il y a quelques années, mais n'a pas abouti, et on pense que c'est ce projet qui a fini par donner naissance à la série The Big Bang Theory. La réussite de cette série fut sans aucun doute d'avoir pris pour sujet la culture geek et d'avoir carrément embrassé le sujet avant que celui-ci ne se soit perverti afin d'être mieux démocratisé. En tous cas, je vous conseille vivement de la regarder. Elle vous semblera sans doute un peu kitsch, et un peu vieillie, mais elle elle se dévore très vite, et vous allez adorer rire de ses personnages, et avec eux. 
  

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