samedi 8 avril 2017

Jessie

Auteur : Stephen King
Edition : J'ai lu
Parution originale : 1992
Genre : Horreur
   Résumé : Gerald Burdingame aime pratiquer des jeux sexuels pervers : il menotte sa femme Jessie à leur lit pour lui faire l'amour, ce dont elle se lasse grandement. Elle finit par refuser un jour dans leur résidence secondaire au bord d'un lac, ce que son mari refuse d'entendre. Elle va alors le repousser violemment d'un coup de pied, ce qui va mener Gerald à la crise cardiaque, puis jusqu'à la mort. Jessie se retrouve alors seule, nue, enchaînée à un lit dans une maison où personne ne peut l'entendre, à part ce chien errant en quête de repas et cet homme caché dans l'ombre qui la dévisage...

   J'ai retrouvé ce livre dans ma bibliothèque il n'y a pas très longtemps, et j'ai été surprise d'y voir une page cornée indiquant que je ne l'avais pas terminé. Surprise, parce que j'avais beaucoup aimé le début, et je ne comprenais pas ce qui m'avait fait reposer le livre à l'époque. Il y a des fois comme ça, on se demande ce qui nous passe par la tête. J'ai donc stoppé pour un instant ma lecture de Aurélien de Aragon, le temps de terminer enfin ce livre, et je vous en parle ici aujourd'hui.
    Ce roman est un quasi-huis clos, dont l'intrigue se passe, comme pour la plupart des romans de Stephen King, quelque part dans l'ouest du Maine, pas loin de la ville de Derry d'ailleurs, la ville qui accueille en son sein l'intrigue de Ça de Stephen King. Jessie Burdingame se retrouve bien démunie et se sent bien sotte quand, se rendant compte que son mari se fichait complètement du consentement de sa femme dans ses petits jeux sexuels, elle fut prise de panique et l'envoya bouler à l'autre bout de la pièce d'un coup de pied de bourricot qui l'envoya littéralement au septième ciel. Sauf que, du coup, y a plus personne pour venir desserrer ses menottes qui sont quand même sacrément bien serrées. C'est à ce moment que commence l'horreur pour Jessie, qui va passer les prochaines vingt-quatre heures à tenter de se libérer, repoussant les limites de son courage et de la folie tandis qu'elle se noie dans les différentes voix ovnis qui naissent peu à peu dans sa tête, faisant refleurir son passé traumatisant.

   Jessie est sans doute un des livres de Stephen King qui m'ont le plus fait sortir de ma zone de confort. Je sais que c'est un avis à double tranchant pour les lecteurs de ce livre, certains se sont profondément ennuyés, d'autres ont adoré, et je fais partie de la seconde catégorie de personnes.
   Le livre prend le point de vue de Jessie, et on ressent sa solitude et son angoisse croissantes au fur et à mesure que l'on tourne les pages. Après les 100 premières pages qui nous font entrer dans ce livre avec le synopsis que je vous ai décrit, il y a sans doute une question légitime à se poser : qu'est-ce que le maître du suspense a d'aussi intéressant à dire sur cette femme attachée à son lit qui mérite 300 pages ? L'histoire n'aurait-elle pas tendance à s'essouffler au bout de quelques dizaines de pages, étant donné l'unique personnage et le manque d'action ? Il n'en est rien en vérité, Sous sa surface de femme d'avocat désabusée et un peu superficielle se cache un personnage bien plus profond que cela, avec un passé traumatisant qui refait surface au plus mauvais moment de sa vie, amenant sur le tapis un thème cher à l'univers de Stephen King, et qui est l'enfance. Ce sont 300 pages de pure angoisse et parfois de gêne, questionnant les limites de l'instinct de survie sans cesse repoussées. J'ai senti une certaine intertextualité avec la série de films Saw, une quinzaine d'années avant la parution du premier film puisque celui-ci sort en 2004, mais ces derniers se seront peut-être inspirés de Jessie pour le concept. Est-ce que Jessie est vraiment prête à tout pour survivre, et se libérer, même à songer aux pires moyens ? Le suspense est parfois insupportable, et j'ai même dû poser le livre au moment du climax, parce que c'était trop, trop de détails macabres. Mais ça, c'est parce que je suis une petite nature. En parlant d'intertextualité, j'ai beaucoup aimé la référence à Ça vers la fin du roman, à propos de la créature que Jessie "croit" voir dans sa folie.
   Je terminerai cette chronique en vous partageant ce petit article sur lequel je suis tombée par hasard, annonçant le tournage d'une adaptation du roman Jessie de Stephen King par Mike Flanagan, qui devrait sortir en 2017. Apparemment, Stephen King a adoré ce qu'il en a vu, ce qui promet j'imagine un film d'une grande qualité et sans doute très angoissant, que j'ai hâte de voir !

mardi 4 avril 2017

How I Met Your Mother | Chronique Série

Titre original : How I Met Your Mother
Créée par : Carter Bays / Craig Thomas
Origine : Etats-Unis
Genre : Sitcom
Première diffusion : 19 septembre 2005
Sur : CBS
Vue en : VF, VOSTFR
S'étend sur : 9 saisons, 208 épisodes
Statut : Terminée depuis le 31 mars 2014
Avec : Josh Radnor, Alyson Hannigan, Jason Segel, Neil Patrick Harris, Cobie Smulders, Cristin Milioti
   Pitch : En 2030, Ted Mosby décide de raconter à ses deux enfants l'histoire de "la fois où il a rencontré leur mère". Elle commence en 2005, le jour où Marshall Eriksen, le meilleur ami de Ted, demande sa petite amie Lily Aldrin en mariage, de laquelle naît l'obsession de Ted pour trouver la femme de sa vie...

   Cet hiver, sur un coup de tête, je me suis fait un petit plaisir : revoir entièrement deux de mes sitcoms préférées, a.k.a Friends et How I Met Your Mother. Je vous ai parlé de Friends, le moment est pour moi venu d'écrire à propos de HIMYM à présent.

 
   A la base, si j'avais commencé cette série, c'est parce que c'était la nouvelle série de Alyson Hannigan, un de ses premiers rôles qui ont suivi celui de Willow Rosenberg que l'actrice incarnait dans Buffy contre les vampires, et qui est un de mes personnages préférés toutes œuvres de fiction confondues. D'ailleurs, Alison est la seule des cinq acteurs principaux à avoir eu un grand rôle dans une série télévisée avant HIMYM, et je suis persuadée que c'est grâce à son rôle dans Buffy que la série a attiré son public au départ. Je me suis donc lancée dans le visionnage de cette série à l'époque sans vraiment savoir à quoi m'attendre, et j'avoue avoir été ravie de voir Alyson Hannigan dans un rôle comique à part entière. Cette actrice a un très gros potentiel comique, avec beaucoup de nuances, mais peut aussi basculer dans l'émotion avec beaucoup de facilité. Elle peut s'en donner à cœur joie dans cette série, avec le personnage de Lily Aldrin, et cela se voit qu'elle y prend plaisir, ce qui fait aussi plaisir au spectateur. 


    J'ai découvert les autres acteurs également, et on peut dire qu'ils sont tous excellents. J'ai une légère préférence pour Neil Patrick Harris tout de même, car si il y a bien un de ces acteurs qui joue un rôle totalement à l'opposé de ce qu'ils sont, c'est lui. Jouer le rôle d'un coureur de filles alors qu'on est un homme homosexuel, et réussir à rendre le personnage crédible et qu'on y croit, je trouve que c'est une performance incroyable. Je n'arrive d'ailleurs pas à savoir si je suis contrariée que les directeurs de casting aient choisi un acteur homosexuel pour jouer un rôle d'homme hétéro, après tout, je grince des dents quand le contraire arrive, et je trouve que la série manque cruellement de représentation LGBT, ou très heureuse qu'ils l'ai choisi parce qu'il est parfait dans le rôle de Barney Stinson. Je pense que j'aurais tout de même préféré que NPH joue un rôle LGBT, dans le même genre de Barney, ça aurait pu être très intéressant.



   Ce que je pourrais reprocher à cette série, c'est sans doute le fait qu'elle emprunte un peu trop les tropes de Friends. On retrouve chez les personnages de HIMYM  le même genre de motifs que chez ceux de Friends : Robin Scherbatsky, la working girl de la série, peut s'apparenter à Rachel Green, dont l'un des principaux motifs est également de poursuivre ses rêves de carrière et de grimper les échelons. Elle est aussi la petite nouvelle dans le groupe d'amis au tout début de la série ; Ted Mosby peut s'apparenter à Ross Geller, dans le genre "mec qui recherche la femme de sa vie et travaille dans un domaine "ennuyeux" ", ils deviennent même profs tous deux ; Barney Stinson est un coureur de jupons au cœur d'or, comme Joey Tribbiani, etc. Même certaines scènes présentent une intertextualité assez palpable, et il y a certains tropes comme le "Ugly Naked Man", et les réunions dans le même bar soir après soir, dans les deux séries. 
   Cependant, la série se distingue dans beaucoup d'autres domaines, et a su trouver sa propre identité. Notamment dans sa narration : la narration de Friends est linéaire, celle de HIMYM ne l'est pas, du fait que son narrateur est intradiégétique et que la série reproduit la trame narrative de quelqu'un qui se remémore ses souvenirs, ce qui est le thème principal de la série. Les méthodes d'énonciation sont imbriquées les unes dans les autres, il y a des flashbacks, des anticipations de l'intrigue, des commentaires et rectifications du narrateur. Je pense notamment à l'épisode de la chèvre, ou celle de la robe de Ted, pour les connaisseurs. Cette méthode nécessite que les scénaristes aient pensé la série sur sa totalité dès le départ pour être crédible, et en cela, c'est réussi. Elle nécessite également plus de décors et de scènes qu'une sitcom classique, ce qui représente un gros challenge pour tout ceux qui ont travaillé sur la série. 


   A mon avis, la série aurait aisément pu s'arrêter vers les saisons 5 ou 6, car à ce moment là elle avait déjà assez fait le tour du sujet, les saisons 7, 8 et 9 sont un peu en trop, et on commence à s'ennuyer devant et à moins rire aux situations, ce qui est quand même dommage dans une série comique.
   Enfin, sans spoiler évidemment, je suis obligée de dire un mot sur le tout dernier épisode de la série. Jamais je ne me suis autant sentie trahie par un final de série, d'autant plus que, jusque là, HIMYM était une de mes séries préférées, car elle était originale dans sa narration et cohérente dans le traitement de ses personnages qui sont tous géniaux. Mais le final, ou au moins les dernières minutes, est complètement incohérent par rapport à l'évolution des personnages de la série, et annule absolument tout ce qui a été développé sur plusieurs saisons et années. Il faut savoir que ce final, les scénaristes l'avaient en tête dès qu'ils ont commencé à tourner la série en 2005, ce que je trouve encore plus dommageable car ils n'ont pas au moins développé la série en fonction de ce final. Il existe au moins une fin alternative, mais je suis quand même en colère car j'ai l'impression que les scénaristes n'ont absolument pas compris les personnages qu'ils ont créé, qu'il les y ont bâclés, et je trouve cela triste. 



   Malgré ces menus bémols que je peux reprocher à la série, je pense que HIMYM est une très bonne série et un très bon divertissement. On s'attache vite à ces personnages, on partage leurs vies, leurs joies, leurs peines, pendant 9 saisons. Cela peut sembler long, mais il s'agit d'une sitcom, les épisodes durent 20 minutes chacun, ce qui est beaucoup plus pratique même quand on a peu de temps pour regarder. Je vous invite à y jeter un œil si vous ne l'avez jamais fait, à la revoir sinon, car cette série est un vrai bonheur. 


mardi 28 mars 2017

This Is Us, saison 1 | Chronique Série

Titre original : This is us
Créée par : Dan Fogelman
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie dramatique
Première diffusion : 20 septembre 2016
Sur : NBC
Vue en : VOSTFR
S'étend sur : 18 épisodes
Statut : Terminée depuis le 15 mars 2017
Avec : Milo Ventmiglia, Mandy Moore, Sterling K. Brown, Chrissy Metz, Justin Hartley, Susan Kelechi Watson, Chris Sullivan, Ron Cephas Jones
   Pitch : Il y a en moyenne à travers le monde 18 millions de personnes qui partagent le même jour d'anniversaire. Mais les chances pour que certaines de ces personnes soient apparentées sont moindres. Il existe néanmoins une famille dispatchée entre New York et Los Angeles dont quatre membres sont nés le même jour...
   This is us est une série qui a fait beaucoup de bruit à son lancement fin septembre 2016. En effet, seulement trois jours après la mise en ligne de sa bande annonce, celle-ci comptait déjà 25 millions de vues sur la page Facebook de la série, ce qui représente cinq fois plus de visionnages que sur la bande annonce de Legend of Tomorrow, qui détenait jusqu'alors le record de vues pour une nouvelle série. Elle fait également la meilleure audience de NBC à sa case horaire depuis six ans, lors de la diffusion du pilot le 20 septembre 2016. Et NBC avait vraiment besoin de ce vent de fraîcheur, car malgré ses efforts honorables pour proposer des séries assez innovantes, bah c'est pas la joie niveau audience pour cette chaîne.
   Bref, vue la tornade qui s'est abattue sur les réseaux sociaux au début de la série, j'avoue avoir un peu pris peur et avoir attendu la fin de la saison, pour que "la mode" passe avant de la regarder en toute tranquillité. Ce que j'ai fait la semaine dernière. Et je viens maintenant vous parler de l'immense coup de cœur que j'ai eu pour cette première saison.



   This is us raconte l'histoire touchante d'une famille américaine composée de deux parents qui s'aiment plus que tout, et de "triplés". La particularité de cette histoire est que celle-ci nous est racontée sur deux timelines différentes : celle qui se déroule depuis la naissance des trois enfants jusqu'à leur adolescence, et celle qui commence à partir du jour de l'anniversaire des 36 ans des enfants. Cette dernière timeline est dépendante de la première, car le scénario est fait d'une telle sorte qu'on ne nous explique le comportement des enfants à l'âge adulte que par des flashbacks de leur enfance. C'est intelligent, car on sait depuis papa Freud que la plupart des insécurités et des barrières que nous nous forgeons à l'âge adulte sont causées par des évènements qui nous sont arrivés dans l'enfance, par une sorte d'effet papillon, alors autant le montrer, puisque la série télévisée, comme le cinéma, c'est l'art du récit par l'image.



   Cette série est donc une sorte de thérapie psychanalytique pour ses personnages, qui, pour s'en sortir, vont devoir se confronter à leurs problèmes d'enfants qui ressurgissent à l'âge adulte. En effet, les insécurités de Kate enfant et le contrôle constant de sa nourriture par sa mère l'ont menée à devenir obèse, l'impression de Kevin dans son enfance que ses parents se préoccupaient moins de lui et préféraient son frère l'ont mené à une quête de l'amour futile et un manque de confiance en soi à l'âge adulte, et quant à Randall, il est à la recherche de son père biologique depuis l'enfance.



   Par ailleurs, je crois pouvoir affirmer avec certitude que This is us est la seule série que j'ai vu dans laquelle j'aime absolument tous les personnages, ainsi que leur traitement. Cela faisait un moment d'ailleurs que je n'avais pas vu de série dans laquelle le traitement de personnages noirs ne tourne pas exclusivement autour du racisme. Il est là, c'est certain, parce qu'on est en Amérique et que l'Histoire ne s'efface pas, comme dans la scène où William se fait contrôler par la police parce qu'il a été sentir les roses d'un jardin derrière la barrière, mais dans cette série, il reste secondaire, pour se concentrer sur autre chose. Parce que, avant d'être des personnes noires, ce sont d'abord des être humains, qui devraient avoir droit, dans les séries comme dans la vraie vie, au même traitement que les personnes blanches. Je trouve le traitement des personnages obèses très intéressant aussi. A l'heure du "bodypositivisme", on a tendance à voir de plus en plus de femmes qui s'acceptent dans leurs corps, quel qu'il soit, et c'est absolument génial, mais cela invisibilise quelque peu les femmes qui n'y arrivent pas, comme Kate, qui ne supportent pas leur corps. Je trouve chouette qu'on ait là un personnage qui incarne cela, car un corps gros, qu'on l'accepte ou qu'on ne l'accepte pas, qu'on le trouve beau ou non, peut rester difficile à porter pour certains, et il est important de le rappeler à travers ce genre de personnages.



   J'ai eu un coup de cœur pour le personnage de William. Il est le père biologique de Randall, que ce dernier réussi à retrouver dans le pilot de la série. Comme pour beaucoup de mes personnages préférés, sa vie a été triste, on s'en rend compte à travers les nombreux flashback qui composent la série, mais lui, toute sa personne, brille et rayonne comme un soleil d'été. C'est une très belle personne, il est très enjoué, très compatissant, plein d'empathie, et sa relation avec Randall et sa famille est plus que touchante. Ce personnage m'a fait pleurer et rire plus d'une fois.



   J'aimerais terminer avec un mot pour les acteurs, qui sont tous excellents. Je connaissais déjà Milo Ventimiglia évidemment, il jouait le rôle de Jess Mariano dans Gilmore Girls, une série de mon enfance chère à mon cœur. le voir ici jouer un père de famille et un mari aimant, c'est voir cet acteur sous un angle nouveau, et c'est un pur régal. Avec Mandy Moore, ils jouent un couple merveilleux à l'écran, et, si je ne sais toujours pas si j'ai envie d'avoir des enfants un jour, ils m'ont donné envie le temps de 18 épisodes de fonder ma propre famille. Chrissy Metz et Sterling K. Brown sont de très belles découvertes pour moi, ils arrivent à créer de telles émotions avec leurs personnages ! Et mon coup de coeur ultime va à Ron Cephas Jones, que je découvre ici, que j'ai adoré, et dont je vais m'empresser d'aller découvrir toute la filmographie.



   Enfin, regardez This is us. S'il y a une série que vous devez découvrir cette année, c'est celle-ci.Vous allez devenir accro à cette famille à la fois merveilleusement normale et incroyable. 

 

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mardi 21 mars 2017

Alice au Pays des Merveilles

Auteur : Lewis Carroll
Edition : Folio
Collection : Classique
Parution originale : 1865
Genre : Aventure, Fantastique, Classique

   Résumé : Alice s'ennuie auprès de sa sœur qui lit un livre tandis qu'elle ne fait rien. Mais voilà qu'un lapin blanc aux yeux roses vêtu d'une redingote passe près d'elle en courant. Cela ne l'étonne pas le moins du monde. Pourtant, lorsqu'elle le voit sortir une montre de sa poche et s'écrier : « Je suis en retard ! En retard ! En retard ! », elle se dit que décidément ce lapin a quelque chose de spécial. En entrant derrière lui dans son terrier, elle fait une chute presque interminable qui l'emmène dans un monde aux antipodes du sien. Elle va rencontrer une galerie de personnages retors et se trouver confrontée au paradoxe, à l'absurde et au bizarre…
    Depuis quelques temps, j'étais de nouveau retombée dans une phase de panne de lecture, dans laquelle je n'arrivais plus à apprécier le fait de lire, ce qui est quelque peu ennuyeux. Alors l'autre jour, en rangeant ma bibliothèque, je suis retombée sur ce chef-d’œuvre de  la littérature qu'est Alice au Pays des Merveilles, et je me suis fais une joie de le relire. A vous aussi, cela vous arrive-t-il, alors que vous étiez en train de faire tout autre chose, de tomber sur un livre que vous aviez adoré par le passé, et d'abandonner vos activités pour le relire ? (répond en commentaires ;) )

   A la base, Lewis Carroll imagine cette histoire lors d'une excursion en bateau, en s'inspirant d'une petite fille qui a vraiment existé et qu'il a connue, qui s'appelait Alice Liddell. Cela a de l'importance car j'ai toujours trouvé que ce roman avait en fait la forme d'un conte, avec des marques certaines de l'oralité, et des morales et leçons que l'on peut en tirer, notamment que la curiosité mal placée et une nature trop spontanée peuvent attirer des ennuis (probablement que la leçon était adressée tout spécialement aux femmes à l'époque d'ailleurs, et que ce n'est pas une coïncidence si le personnage principal est inspiré d'une petite fille).

   Cependant, si on peut tirer des leçons de ce roman, et que les premiers auditeurs en furent des enfants, je ne suis pas sûre qu'on puisse qualifier Alice au Pays des Merveilles de conte pour la jeunesse. En tous cas, il n'est certainement pas réservé uniquement aux enfants. Le thème du passage à l'âge adulte est omniprésent et essentiel dans ce roman, notamment avec la métaphore du changement de taille fréquent de Alice tout au long du récit. Ce serait probablement une métaphore de l'adolescence. En effet, c'est à cet âge ingrat que l'on commence à se chercher, à chercher sa place dans le monde. Les adolescents ne se sentent plus assez enfants pour certaines choses, mais encore pas assez adultes pour d'autres. Et d'un autre côté, les adultes autour d'eux commencent à leur donner l'autonomie d'un adulte en les traitant encore comme des enfants. C'est un âge pas facile, et on sent que plus le récit avance, plus Alice grandit et rapetisse, moins elle se sent à sa place dans ce monde. Car c'est un monde issu de son imaginaire d'enfant, qui n'est plus adapté à une petite fille qui grandit. On peut le remarquer également car tous les adultes dans le Pays des Merveilles, outre le fait qu'ils sont tous complètement fous, se comportent comme des enfants. Ils sont espiègles, colériques, mauvais joueurs, se moquent de la rationalité, tout ce que Alice était avant d'entrer dans ce terrier. Dès son entrée au Pays des Merveilles, c'est elle, l'incarnation de l'adulte.

   Généralement, quand je dis que Alice au Pays des Merveilles est un de mes livres (et de mes films Disney) préférés, les personnes autour de moi me disent que ce livre les mettent profondément mal à l'aise. Personnellement, j'ai cette impression parfois également, mais c'est surtout je pense parce que cette histoire est originellement sortie des rêveries de Lewis Carroll, et que ce roman est construit comme un rêve d'Alice. En effet, pas de traces de surnaturel au début, et dès qu'Alice aperçoit le Lapin Blanc, le fantastique est partout, ce qui indique qu'elle est en train de rêver, ou d'halluciner, quoiqu'il en soit, ce roman ne reflète pas la réalité. Et s'il s'agit d'un rêve, on peut en conclure qu'il fourmille d'interprétations cachées et de faits implicites, dixit Freud et ses travaux sur l'inconscient, ce qui est sans doute une des raisons pour lesquelles on peut se sentir mal à l'aise.

   Quoiqu'il en soit, c'est aussi une des raisons qui font que j'apprécie toujours de lire et relire ce roman, car je découvre toujours de nouvelles interprétations à chaque relecture. Et j'espère vous avoir donné envie de le lire ou le relire à mon tour.

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lundi 13 mars 2017

Souffle ta bougie, La Médiathèque

   Salut toi !

   C'est avec une grande émotion que je fête le premier anniversaire de mon blog La Médiathèque aujourd'hui !


   En une année, il s'est passé beaucoup de choses pour ce blog, et pour moi. Cela faisait quelques mois déjà que j'avais envie de me lancer sur la blogosphère, mais j'ai décidé de l'ouvrir à ma lecture de Les Gens heureux lisent et boivent du café de Agnès Martin-Lugand. J'ai été mue par une sorte d'urgence à écrire dessus, à la fin de ma lecture, j'avais besoin de mettre des mots sur ce que j'avais ressenti, sur ce que j'avais pensé, j'avais besoin de partager mon point de vue sur ce roman. Depuis je prends énormément de plaisir à vous partager chacune de mes lectures.

   Le blog a subi beaucoup de changements depuis le 13 mars dernier. Plusieurs changements de noms, plusieurs changements de mise en page. Je me cherche encore d'ailleurs au niveau du style, je pense que cela se ressent, mais ce n'est pas grave, après tout il faut du temps pour forger sa plume et son identité d'écrivain. L'an prochain, j'aurai sans doute évolué encore, et c'est ça qui est génial. J'ai rajouté une corde à mon arc à un moment, et je me suis mise à vous parler également des séries que je regarde. Et je pense sans doute vous parler de cinéma un jour, car il y a beaucoup de films dont j'ai envie de vous parler.

   Grâce à la création de mon blog, je me suis remise régulièrement à la lecture, et j'ai pu faire des découvertes incroyables, notamment des auteurs français contemporains d'ailleurs. Et surtout, j'ai découvert que la France était capable de faire de la bonne fantasy et de la bonne science-fiction, puisque j'ai eu d'immenses coups de cœur pour Aeternia de Gabriel Katz et Phobos de Victor Dixen. C'est ce qu'il y a de génial avec la lecture, c'est un domaine si riche que ça ouvre l'esprit d'une manière incroyable et ça permet de découvrir des choses dont on n'avait même pas idée.

   Cette année a été riche, aussi bien dans ma vie de lectrice que pour tout le reste. J'espère que cela continuera longtemps encore, que nous continuerons à lire, à partager nos lectures, sans complexes et avec beaucoup d'amour. Car c'est aussi un des buts que je poursuis avec ce blog : contribuer à abolir cet élitisme de la littérature que je ne cautionne pas, afin de détruire ces complexes de lecteurs, et vous faire découvrir des livres dans tous les genres possibles et imaginables.

   Souffle ta bougie, La Médiathèque, et joyeux anniversaire. Merci à vous de m'aider à faire vivre ce blog. Merci de me partager vos lectures et de me dire que vous avez découvert des livres grâce à moi. Merci de me dire que j'ai réussi à vous faire changer d'avis sur certains livres, et merci de m'aider à changer d'avis moi aussi.


   Vous me réchauffer le coeur. Je vous dis à bientôt pour de prochaines chroniques.
   Bisous mes p'tits loups <3

mercredi 8 février 2017

Shameless US | Chronique Série

Titre original : Shameless US
Créée par : John Wells
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie dramatique
Première diffusion : 9 janvier 2011
Sur : Showtime (USA), Numéro 23 (France)
Vue en : VOSTFR, VF
S'étend sur : 7 saisons, 84 épisodes
Statut : En production (saison 8 prévue pour 2017)
Avec : William H. Macy, Emmy Rossum, Jeremy Allen White, Cameron Monaghan, Noel Fisher, Emma Kenney, Ethan Cutkosky, Shanola Hampton, Steve Howey, Isidora Goreshter
   Pitch : A Chicago, délaissés par leurs parents irresponsables, les membres de la famille Gallagher apprennent à se débrouiller et à subvenir aux besoins de chacun d'entre eux, sous l'autorité de Fiona, l'aînée de la famille.

  


   Shameless est l'adaptation américaine de la série anglaise du même nom, créée par Paul Abbott. Elle raconte l'histoire d'une famille américaine d'origine irlandaise, les Gallagher, issus de la banlieue sud de Chicago. Frank Gallagher, père irresponsable et alcoolique qui passe son temps à vouloir profiter du système, et Monica Gallagher, femme droguée et malade mentale, ont abandonné depuis longtemps l'idée d'élever leurs enfants, et c'est Fiona, l'aînée de la famille, qui s'y colle. Autant dire que la vie des Gallagher est quelque peu rock'n'roll. Pour subvenir à leurs besoins, chacun déborde d'intelligence et de malice pour collectionner les petits boulots et employer les moyens les moins légaux, afin de payer les factures et les impôts. Entre tous les problèmes de chacun de ses frères et sœurs et mettre du pain sur la table familiale, Fiona passe sa vie à s'occuper des autres et à négliger ses propres besoins et ses propres envies.




   Si Shameless est une aussi bonne série à mon sens, c'est parce qu'elle met essentiellement en avant les gens invisibles. Ou plutôt, ceux que les autres refusent de voir, ceux qui sont hors du système. Cette série parle des familles nombreuses et des familles pauvres, elle met aussi en avant les personnes de la communauté LGBT+, les personnes malades, mentalement ou physiquement, les personnes alcooliques et/ou droguées, les très jeunes mamans, les personnes SDF, les personnes qui se prostituent, et bien d'autres encore.
   De plus, et même si parfois elle ne le fait pas aussi bien qu'on ne le voudrait, elle aborde également des thèmes très importants mais également plutôt méconnus du grand public, comme les limites du consentement, notamment au moment où Debbie perd sa virginité, l'injustice de la justice envers les minorités et gens du ghetto de Chicago dans la série, la bisexualité, et les notions de personnes transgenres/cisgenres, entre autres, parce que la série est très riche à ce propos.



   C'est personnellement grâce à cette série que j'ai commencé à m'ouvrir et à me renseigner sur toutes ces questions, tous ces concepts, toutes ces notions que l'on voit au fil des saisons. Pour une fois, on ne traite pas ces personnages qui sont considérés comme "hors norme" comme des monstres, ils ne sont pas ces clichés de "la personne gay" ou "la personne noire" dans une série où aucune des autres personnes ne serait considérée par rapport à son ethnie, son genre ou son orientation sexuelle. Ils sont le sujet de la série, ils sont sous les feux des projecteurs, et ils reçoivent dans cette série le traitement qu'ils méritent, c'est-à-dire qu'on les respectent, et de ce fait, qu'on respecte ces personnes qui existent également dans notre monde, pas uniquement dans les séries, les films ou les livres.



   Malgré une saison 6 un peu plus faible que les autres en termes d'intrigues pour chacun des personnages, chaque saison est une pure merveille. Les personnages sont géniaux, et chacun possède sa propre histoire et sa propre intrigue, ce qui n'empêche pas cette famille d'être soudée. Ça en fait une série très riche, complexe, qui aborde beaucoup de problèmes différents et en même temps, et on s'attache à tous les personnages au moins une fois dans la série. On a envie qu'ils s'en sortent tous, qu'ils soient heureux, on a envie de les câliner quand ils pleurent, de sauter de joie quand ils sont heureux, de pleurer quand quelque chose de grave leur arrive. Je mettrais une mention spéciale pour la musique qui est vraiment cool, je passe mon temps à chaque épisode à shazamer toutes les musiques pour avoir leurs titres tellement je les aime. Et le générique est un des meilleurs que j'ai vu et un de mes préférés.



   Shameless est une série très importante pour moi et dans ma vie de sériphile. Je pense sincèrement que je n'en serais pas là où je suis aujourd'hui dans ma vie sans elle, et que je ne serais peut-être pas aussi woke sur certains sujets que je ne le suis aujourd'hui. Même si j'ai encore beaucoup à apprendre, et que je sais que malgré tous mes problèmes, malgré toutes les injustices dont je peux être moi aussi victime, surtout en tant que femme, je suis bien plus privilégiée que certains d'entre nous par la société, et qu'il serait temps d'ouvrir les yeux sur ceux qui ne le sont pas, plutôt que de se concentrer sur ceux qui le sont.

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dimanche 5 février 2017

Croc-Blanc

Auteur : Jack London
Edition : Pocket
Parution originale : 1906
Genre : Classique, Aventures, Animalier
   Résumé : Fils d'une louve et d'un chien de traîneau, Croc-Blanc connaît bien la loi du Grand Nord : manger ou être mangé.
Sa rencontre avec les hommes, ces dieux faiseurs de feu sera décisive. Sous l'autorité de son premier maître, il devient chien de traîneau. Mais un autre maître, sanguinaire et brutal, l'engage dans de cruels combats et réveille sa sauvagerie. De l'instinct du loup ou de celui du chien, lequel l'emportera ?



   Croc-Blanc fut ma dernière lecture du Challenge Cold Winter, et le deuxième roman que j'ai lu de Jack London. C'est aussi sans doute l'un des livres que j'avais depuis le plus longtemps dans ma PAL, puisqu'il m'y attendais sagement depuis l'école primaire.
  
   Puisque dans cette histoire nous suivons les aventures d'un loup, je ne peux pas m'empêcher de faire le parallèle avec l'autre roman célèbre de Jack London, L'Appel de la forêt. Les deux histoires sont très différentes, et pourtant étrangement similaires. Là où Buck dans L'Appel de la forêt naît chien domestique, pour finir par céder à l'appel de sa nature de loup sauvage, Croc-Blanc dans le roman éponyme prend le chemin inverse : né dans le Wild implacable, il va apprendre la loi qui lie l'homme à l'animal, si changeante, et la soumission à cette loi. 
    Avec ce roman, on suit les aventures de Croc-Blanc à travers les yeux de l'animal, ce qui fait que l'auteur ne suit pas les même règles d'écriture que s'il avait pour personnage principal et point de vue celui d'un être humain. Une être humain connaît l'expression du langage, l'animal ne connaît que l'expression des sens, l'instinct, la sensation de l'Inconnu ; il ne comprend pas les intentions cachées derrière les gestes, seulement les gestes, la main qui frappe, celle qui caresse, la mâchoire qui tue, le goût du sang.
   La plongée dans la psychologie du chien-loup est tout aussi intéressante, on suit ses aventures depuis bien avant sa naissance, ballotté entre le Wild et ses différents maîtres, haï des autres chiens pour sa différence, entraîné à être brutal et à tuer par ses différents maîtres, pour finalement connaître une main caressante, un maître à qui jurer fidélité, un maître auprès de qui vivre, et non plus survivre.

   Croc-Blanc est un roman d'une grande beauté, qui montre le lien entre l'homme et l'animal dans toute l'atrocité qu'il peut représenter, mais montre également à quel point ce lien peut être beau et puissant si le maître est bon envers l'animal. C'est un roman sur la fidélité de l'animal, ainsi que sur ses limites.

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